Cher Nicolas,

Je viens de terminer une première lecture comme une première traversée de L’ASTRE DES ANEANTIS qui n’est pas de tout repos tant les orages grondent et roulent de tous côtés…

J’ai d’abord été surpris par cette tornade de fulgurances sur la « ville » comme une offensive spectralisée jusqu’à l’abstrait… Ces labyrinthes de morts vivants où se meuvent la mort dans la vie et la vie dans la mort dans la coulée lente de l’agonie généralisée…

J’ai noté au fur et à mesure beaucoup de passages d’une intense lumière à relire et à entendre dans ses extrêmes ramifications de sens…

Au milieu de cette armada de mots tendus, j’ai retenu certains traitements de thèmes qui m’ont infiniment touché comme: « L’arbre a tout vu, il était là, au moment éternel, il y est toujours. » car comme toi, je le considère comme « ce totem absolu » immédiatement et irrémédiablement détruit par la lumière noire de l’humain dans son destin mutilatoire de la vie où se joue cet éternel drame aveugle de « la souche (…) n’est pas le reste d’un arbre mort mais la naissance d’un arbre détruit » et où « si chaque arbre est l’envoyé d’un cri, chaque souche est l’arrachée d’un cœur »…

Or, c’est bien là, comme tu le pointes, que se résume toute l’inutilité de l’espèce humaine sur terre avec « L’homme médusé (…) sent la fin proche si un quartier d’absolu tarde plus longtemps à se dresser devant lui »…

J’ai aussi apprécié cette remise au terrier de l’esprit du renard réel après de siècles de personnification débile due au lubrique fabuliste…

Mais, il y a surtout ces pointes extrêmes aux frontières métaphysiques qui me touchent infiniment comme: « les cœurs tués sont des poignards pour le néant », ou « à mi-corps de la vie et de la mort, sur cette ligne de front où la mort reste de la vie éclatée », ou « l’offensive de la douleur vidée de ses cris », ou encore « c’est tenir, droit et désintégré »…

Par ailleurs, on peut déjà entrevoir de nouveaux chantiers à ouvrir sur « la peinture » avec cette extraordinaire question: « Et si le peintre ne peint plus à la souffrance, à quoi peint-il donc ? »…ce qui peut s’appliquer aussi à la « poésie » et au « poème » avec: « Le héros peintre ne fait pas la file des bons tableaux, il vit dans son tableau retrouvé. »…

Et aussi ces très beaux passages sur Vincent Van Gogh et cette mise en avant, trop brève, du « dessin » comme acte pur de vie vraie…

Enfin, « le visage » qui se démultiplie à l’infini en traversant ton livre pour s’engouffrer dans l’énigme de la face où – pour ma part – j’ai creusé comme un damné sans jamais toucher le fond de l’origine et où tu lances: « le débit des coups a fini par ouvrir entièrement le visage » et « mais je nomme visage ce qui prend face au bout de mes bras fantômes »…et cela me réconforte qu’un même objectif – par un autre cheminement – soit un enjeu majeur et définitif de l’expérience intérieure dans le sens où nous l’entendons…

Amitiés

José

 

Puisque: « Une amitié, ce sont deux douleurs approchées qui ne se demandent rien mais échangent cette courtoisie au couteau qui a traversé les égouts baroques du monde »…

PS: Je me retrouve très bien dans ce mode de respiration innée où « l’astre des anéantis est une suffocation qui respire. »…