[…] L’essentiel, cher Nicolas, j’ai consacré plusieurs soirées à lire L‘Astre des Anéantis, mais lire, est-ce le verbe exact ? il en faudrait un autre moins fade ; une fois que l’on ouvre votre livre, il nous frappe, il nous happe, on se laisse emporter jusqu’au vertige, mais le vertige avec lui est synonyme de conscience, de conscience plus vive, plus ardente. Quelle énergie, constamment, qui brise, qui redresse à la fois ! Tout est ainsi paradoxal, et c’est le signe même d’une nécessité absolue. La violence qui saccage émane des profondeurs d’une bonté trahie. Et je voudrais citer ici en particulier tout le deuxième chapitre « L’armée des arbres ». Une phrase au moins, celle-ci : « chaque tronc est une croix de l’amour démembré. » Mais démembré, pantelant, l’amour palpite encore, et dans les ténèbres du monde, il vit, il nous ordonne de ne jamais lâcher prise. Ce que vous dites, cher Nicolas, comme ce que vous peignez en témoigne grandement. […]

Pierre Dhainaut