Le Main de brouillard, poème pour Francis Giauque

Le Castor Astral, 2016, 12 €

Présentation éditeur

Nicolas Rozier signe un recueil écrit en hommage à Francis Giauque (1934-1965), l’un des principaux poètes maudits francophones du XXe siècle.

La vie tragique de Giauque est indissociable de son œuvre. Elle forme en elle- même une matière poétique.

Poète fraternel, Nicolas Rozier est ici l’auteur d’un ensemble bouleversant, qui dénonce l’enfermement dans la maladie, l’échec et l’humiliation. Une ode à la force poétique et aux appels les plus obscurs du désespoir et de la révolte.


« En écrivant
 La Main de brouillard, pour Francis Giauque, c’est bien sûr le poète suisse et son œuvre singulière que j’ai voulu mettre à l’honneur, mais aussi le type, la lignée, la figure prototypique dont il fut l’exemple. Il ne s’agissait pas pour moi d’écrire sur Francis Giauque, mais de trouver dans le bloc indivisible homme/œuvre – le monde de Giauque – la matière propulsive d’une poésie à part entière en “sur- poétisant” un univers déjà paroxystique. Le monde de Giauque est devenu, le temps de “la main de brouillard”, le creuset de mon propre langage. Un portrait, un poème donc, mais qui engloberait l’homme et les poèmes comme une matière indifférenciée, un continuum. Le cinquantième anniversaire de sa mort offrait pour moi l’occasion de se dresser pour sa mémoire. » Nicolas Rozier

Incipit

Quel acier ?

quelle ferraille

quel métal torsadé

quel barreau scié, fraisé

pourrait trouer le ciel

assez fort,

assez haut,

assez bas

pour marquer la place d’un homme

qui ne s’est pas vu naître

que

personne

n’a connu

vivant

et dont la mort

elle-même

reste une portée disparue

un déraillement

funéraire.

Pour remonter  au poète Francis Giauque

on cherchera

ce socle démis

cette dalle

cette marche de statue

cette poche sépulcrale

où l’oubli dans sa galerie des morts,

dresse ses entaillés d’incandescence.

Dans cette forêt d’ombres

allumées,

il n’y aura

pas même

le tronc renversé de Giauque

PORTÉ ABSENT

aux appels les plus obscurs.

De cosmos assommé

en néant ratissé,

la mémoire est une sonde perdue

IL FAIT NUIT COMME L’ÉCRAN VIERGE D’UN ESPRIT.

Après

l’engloutissement du scintillement par milliards,

APRÈS

que les yeux ne sont plus que les étranglés

d’un gavage

surhumain,

il n’est plus question de beauté

de bouleversement

ou d’accrocher

des roses aux barbelés de la terreur,

mais du combat

direct

au milieu des heures noires.

Fiche technique
  • Le Castor Astral éditeur, mars 2016
  • Genre : Poésie
  • Format 20,50 x 14 cm – Impr. Ateliers graphiques de l’Ardoisière
  • 70 pages
  • EAN 9791027800629
  • 12 €

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